Charlotte Sohy, née Charlotte Marie Louise Durey à Paris le 7 juillet 1887 et morte dans la même ville le 19 décembre 1955, est une compositrice française. Issue d'une famille d'industriels où la musique tenait sa place — sa mère chantait en amateur, son cousin Louis Durey allait compter parmi les Six —, elle étudie le piano et l'harmonie avec Georges Marty, puis entre à la Schola Cantorum, où elle travaille l'orgue avec Alexandre Guilmant et Louis Vierne et la composition avec Vincent d'Indy. Elle y noue des amitiés durables, notamment avec Nadia Boulanger et Mel Bonis.
Le 12 juin 1909, elle épouse le compositeur et chef d'orchestre Marcel Labey, condisciple de la Schola ; ils auront sept enfants. Leur appartement de la rue Greuze devient un lieu de rencontres artistiques, et ses œuvres sont jouées au salon de Marguerite de Saint-Marceaux devant Fauré, Ravel ou Dukas. Secrétaire de la Société nationale de musique, son mari y programme sa musique dans les années 1920 et 1930 : treize de ses œuvres y seront données. Consciente de ce que le métier réservait alors aux femmes, elle emprunte le nom de son grand-père maternel et signe Sohy, Charles Sohy ou Ch. Sohy, parfois Louis Rivière ou Claude Vincent — elle fut l'une de la vingtaine de Françaises à avoir mené, entre 1789 et 1914, une véritable carrière de compositrice.
Son catalogue, resserré mais dense, compte trente-cinq numéros d'opus échelonnés de 1905 à 1953 : mélodies, chœurs, messes, musique de chambre et de piano, pages symphoniques. Il culmine avec une Symphonie en ut dièse mineur, dite « Grande Guerre », écrite pendant que son mari combattait aux Éparges et jamais jouée de son vivant, et avec le drame lyrique L'Esclave couronnée (1917-1921), créé à l'Opéra de Mulhouse en 1947. On lui doit aussi la cantate Les Quatre Rencontres de Bouddha (1912-1913), le poème symphonique Danse mystique (1922), un Thème varié pour violon et orchestre (1921), un trio avec piano (1931) et deux quatuors à cordes, écrits dans les années 1930 puis 1940. Sa musique est saluée pour sa puissance lyrique et dramatique et pour la justesse de sa prosodie.
Son lien avec la Bretagne passe par Perros-Guirec, où les Labey possédaient une maison et passaient de longs étés sur la Côte de Granit rose ; ils la retrouvèrent intacte à la fin d'août 1944, et Marcel Labey y composa encore son deuxième quatuor à cordes en 1948. C'est à ce titre que Vefa de Bellaing la recense parmi les « Autres compositeurs inspirés par la Bretagne ».
Longtemps ignorée, son œuvre connaît depuis peu une véritable redécouverte : sa Symphonie a été créée le 6 juin 2019 à Besançon par l'Orchestre Victor-Hugo Franche-Comté, et treize de ses partitions ont paru en avril 2022 dans un coffret de trois disques du label La Boîte à Pépites, à l'initiative de la violoncelliste Héloïse Luzzati.