Alessandro Maria Antonio Frixer, connu sous le nom de Fridzeri (ou Frizeri), naît à Vérone le 15 janvier 1741. Devenu aveugle à l'âge de onze mois à la suite d'un accident, il développe très tôt une sensibilité musicale exceptionnelle. Largement autodidacte, il apprend la mandoline dès l'âge de onze ans — allant jusqu'à construire lui-même son instrument — et maîtrise ensuite le violon, la flûte, la viole d'amour et l'orgue. Il étudie auprès de Gaetano Meneghetti, présenté comme un rival de Tartini.
Jeune homme, il occupe le poste d'organiste à l'église de la Madonna del Monte Berico, à Vicence. Vers l'âge de vingt-quatre ans, il quitte l'Italie — le 26 septembre 1765 selon ses propres mémoires — pour entreprendre une carrière de virtuose itinérant à travers l'Europe, se produisant comme mandoliniste aveugle, l'un des plus réputés de son temps. Il séjourne à Strasbourg entre 1769 et 1771, où il compose deux opéras en trois actes restés inédits, puis gagne Paris, où il bénéficie notamment du soutien du baron de Bagge (Back). Il s'y produit aux Concerts spirituels et enseigne la mandoline et le violon.
C'est à Paris que sa réputation de compositeur s'affirme avec l'opéra-comique en un acte Les Deux Miliciens (1771), bientôt suivi de Les Souliers mordorés (1776), longtemps considéré en France comme son meilleur ouvrage. Son catalogue instrumental, publié pour l'essentiel au début des années 1770, comprend des quatuors à cordes (notamment Six quatuors, op. 1), des sonates pour mandoline, des concertos pour violon (op. 5), des duos pour deux violons (op. 7), ainsi que des recueils d'airs et de romances.
Autour de 1776, le comte de Châteaugiron l'invite sur ses terres bretonnes, où il demeure une douzaine d'années comme musicien attaché à la maison, enseignant et composant tout en conservant ses liens parisiens. C'est cet ancrage breton durable qui justifie sa présence dans une encyclopédie consacrée aux compositeurs liés à la Bretagne. Il fonde ensuite à Nantes une académie philharmonique, dont l'activité est interrompue par les guerres de Vendée et la Révolution.
En 1794, il est de retour à Paris, où il est associé au Lycée des arts. Inventeur ingénieux, il conçoit un procédé typographique destiné à l'impression de la musique, dont il réalise lui-même un prototype. Ruiné par l'explosion de la machine infernale de la rue Saint-Nicaise (1800-1801), qui détruit ses biens, il quitte la France et s'établit à Anvers, où il exerce comme professeur de violon et marchand de musique. Vers 1819, âgé de près de quatre-vingts ans, il dicte ses mémoires à sa fille Rose, document précieux couvrant les premières décennies de sa vie. Père de deux filles musiciennes — l'aînée violoniste, la cadette chanteuse —, il meurt à Anvers le 18 octobre 1825.