Jacques Colebault, connu sous le nom de Jachet de Mantoue, naît en 1483 à Vitré, en Bretagne. Comme nombre de chantres franco-flamands de sa génération, il gagne très jeune l'Italie, où il accomplira l'essentiel de sa carrière. Il représente de façon exemplaire la transition stylistique de la polyphonie entre Josquin des Prés et Palestrina, dont il fut l'un des maillons les plus influents.
On retrouve sa trace à Modène en 1519, où il est au service de la famille Rangoni. En 1525, il est attaché à la cour des Este à Ferrare ; c'est là qu'il noue une étroite amitié avec Adrien Willaert, fondateur de l'école vénitienne, avec qui il collaborera notamment à des recueils de psaumes. Son talent est apprécié des papes Médicis Léon X et Clément VII.
À partir de 1526 environ, Jachet s'établit à Mantoue, d'abord comme chantre puis comme maître de chapelle de la cathédrale Saint-Pierre. Il y travaille sous l'autorité du cardinal Ercole Gonzaga, évêque de Mantoue, qui devient l'ardent défenseur et le protecteur de son compositeur favori, y compris pendant le concile de Trente. Jachet demeure attaché à cette cathédrale jusqu'à sa mort, le 2 octobre 1559, à Mantoue. Bien qu'il fût tenu en haute estime, il semble être mort endetté ; sa famille reçut ensuite une pension du cardinal Gonzaga.
L'œuvre de Jachet est considérable : plus d'une vingtaine de messes ayant survécu et bien plus d'une centaine de motets, auxquels s'ajoutent un cycle de vingt-six hymnes des vêpres, des psaumes publiés en collaboration avec Willaert, des Lamentations de Jérémie et deux mises en musique de la Passion. Nombre de ses motets furent composés pour des circonstances officielles : arrivées de dignitaires, mariages, hommages et déplorations.
Sa musique connut une large diffusion en Europe. Son motet Aspice Domine fut particulièrement célèbre, figurant dans plus de trente sources contemporaines, et fut même transcrit pour le clavier par Antonio de Cabezón. Parmi ses messes notables figurent la Missa Hercules Dux Ferrariæ, dédiée au duc de Ferrare, et la Missa Surge Petre. Son style témoigne d'une nette évolution, depuis une dépendance initiale aux pratiques de la fin du XVe siècle jusqu'à la maîtrise de l'imitation généralisée propre à la génération postérieure à Josquin. Son écriture, d'une facture soignée, se distingue par un contrepoint fluide et gracieux et un équilibre des voix bien réglé. Certaines de ses œuvres furent ultérieurement réutilisées par Palestrina selon la technique de la parodie.