Maurice Duhamel, pseudonyme de Maurice Bourgeaux, naît à Rennes le 23 février 1884 et meurt le 5 février 1940. Compositeur, pianiste, journaliste musical et militant, il est avant tout reconnu comme l'un des fondateurs de l'étude scientifique de la musique populaire bretonne. Doté très jeune d'un grand talent musical, il mène de front ses études au lycée et une scolarité au Conservatoire de musique de Rennes, avant de se tourner vers la collecte, l'analyse et l'harmonisation du répertoire traditionnel de Bretagne.
Entre 1909 et 1912, Duhamel conduit un important travail de terrain, recueillant des mélodies auprès des derniers chanteurs détenteurs d'un répertoire ancien. Il s'appuie notamment sur la technique des cylindres phonographiques, dont l'usage en Bretagne est alors lié au travail de l'abbé François Vallée et de ses collaborateurs. Conscient que de nombreux textes avaient été transmis et publiés au XIXe siècle sans notation musicale, en particulier les recueils de gwerziou et soniou réunis par François-Marie Luzel (1821-1895), il apprend le breton afin de comprendre les paroles et de restituer les airs correspondants.
Ce travail aboutit à deux ouvrages majeurs. Les Quinze modes de la musique bretonne (1911) propose une analyse de la structure modale et du style des mélodies bretonnes, tandis que Musiques bretonnes (1913) rassemble airs et variantes accompagnés de leurs harmonisations. La même année 1911, il publie Les premières gammes celtiques et la musique populaire des Hébrides, prolongeant sa réflexion comparatiste sur les échelles musicales du domaine celtique. Il s'intéresse également aux Chansons populaires de Haute Bretagne, dont il fournit ritournelles et harmonisations. Son travail de collecteur et d'harmonisateur sera redécouvert et réédité par l'association Dastum à la fin du XXe siècle, signe de sa postérité dans le monde de la musique bretonne.
Parallèlement à son œuvre de musicologue, Duhamel exerce une activité de journaliste et de critique musical : il collabore régulièrement à la revue Les Chansons de France, dont il devient rédacteur en chef. Pianiste, il interprète des chants traditionnels, organise des concerts, dirige à l'occasion et harmonise de nombreuses mélodies. Attentif aux médias émergents, il prend en charge la programmation de Radio-Rennes de novembre 1932 à juillet 1933. On lui doit aussi des partitions de jeunesse, regroupées sous le titre Poèmes de jeunesse, qui témoignent de sa première période de création.
Maurice Duhamel s'engage également dans le mouvement breton. Membre de l'Union régionaliste bretonne, pour laquelle il intervient sur le plan musical, il participe en 1912 à la fondation de la Fédération régionaliste de Bretagne, d'orientation plus à gauche, après avoir quitté l'Union. Dans l'entre-deux-guerres, il est un temps rédacteur en chef du journal Breiz Atao, avant de prendre ses distances : il rompt avec le Parti national breton en 1931, lorsque l'aile nationaliste y prend l'ascendant. Défenseur d'une vision fédéraliste respectueuse des communautés régionales, il s'oppose aux dérives séparatistes et aux sympathies pro-nazies d'une partie du mouvement.
À la fin des années 1930, Duhamel travaille à une Histoire du peuple breton, publiée en 1939 mais dont les exemplaires sont saisis par les autorités françaises au début de la Seconde Guerre mondiale, son contenu étant jugé contraire à l'unité nationale. Il meurt prématurément en février 1940, laissant cet ouvrage inachevé. Son nom reste attaché à l'essor de l'ethnomusicologie bretonne, et plusieurs rues, notamment à Brest, lui rendent hommage en souvenir de son travail de collecte des chants populaires de Bretagne.