Roger Tessier naît le 14 janvier 1939 à Nantes. Fils d'un violoncelliste, il étudie le violoncelle, l'harmonie et l'histoire musicale auprès de Robert Laffra au conservatoire nantais, et pratique le chant grégorien de l'âge de sept à vingt ans, expérience d'une monodie et d'un souffle qui marquera durablement son écriture. À partir de 1959, il poursuit sa formation à Paris, où il fréquente notamment la classe d'analyse d'Olivier Messiaen et travaille l'harmonie, la fugue et la direction d'orchestre auprès d'Henri Challan, Alain Weber et Eugène Bigot.
En 1972-1973, Tessier fonde avec Tristan Murail un ensemble d'abord baptisé MATH, qui devient rapidement L'Itinéraire. Conçu comme un collectif fédératif de compositeurs et d'interprètes, placé sous la présidence d'honneur de Messiaen, il rassemble bientôt Gérard Grisey, Michaël Levinas et Hugues Dufourt, et s'impose comme l'un des acteurs déterminants de l'aventure spectrale française. Tessier y défend l'idée d'« un lieu où se révèleront de nouvelles musiques, de nouvelles personnalités », loin des modèles hérités de la génération précédente.
Parallèlement à la composition, Roger Tessier mène, entre 1980 et 1999, une intense activité de pédagogue et d'organisateur de la vie musicale : responsable des concerts pédagogiques de l'Académie de Versailles, directeur d'une collection pédagogique chez Salabert, fondateur du Festival Angers Musiques du XXe siècle, directeur du Conservatoire d'Angers puis du Conservatoire municipal Darius-Milhaud à Paris. Il est également secrétaire général de la Société internationale pour la musique contemporaine (SIMC) à partir de 1981. Cet engagement reflète une conviction qu'il aimait formuler : « un compositeur, s'il n'est qu'un créateur, n'est qu'une moitié ».
Son catalogue, qui compte une centaine d'opus, embrasse des effectifs très variés, du solo à l'orchestre, et associe volontiers instruments traditionnels et lutherie électronique. La musique de Tessier alterne élans énergiques et plages méditatives, et puise son inspiration aussi bien dans les arts visuels et la littérature que dans l'héritage de Messiaen et de Giacinto Scelsi. Une obsession féconde la traverse : celle du miroir, de l'écho et de la dualité, comme en témoignent des titres tels que Clair-obscur, Ombre-lumière ou Echo ex-écho.
Cette poétique du reflet irrigue plusieurs de ses pièces récentes pour la flûte, écrites en complicité avec le flûtiste François Veilhan. Echo ex-echo, solo pour flûte en sol, explore le dédoublement du son et sa résonance, dans un dispositif où la ligne instrumentale semble se répondre à elle-même ; l'œuvre a connu une version pour violon seul (Echo ex-écho V) et figure sur l'album Les Voûtes du Vent. Froissures, pour flûte alto et guitare, réunit deux instruments en quête de complémentarité, leurs sonorités s'interpénétrant pour faire surgir de subtiles images spectrales. Clair-obscur, conçu pour flûte, voix, cor, violoncelle et électroacoustique, met en jeu l'opposition de la lumière et de l'ombre chère au compositeur, tandis que Un instant... et encore un instant, pour douze instruments (1973), appartient aux années fondatrices de L'Itinéraire.
Distingué à plusieurs reprises, Roger Tessier est nommé chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres en 1989, reçoit un prix de l'Académie des Beaux-Arts, est lauréat de la Villa Médicis et devient membre d'honneur de l'Académie littéraire de Bretagne en 2015. Figure attachée à ses racines, il incarne une voix singulière de la création contemporaine, où la rigueur de la recherche sur le timbre n'exclut jamais le lyrisme.