Glenmor, de son vrai nom Émile Le Scanff, naît le 25 juin 1931 à Maël-Carhaix, dans les Côtes-d'Armor, au cœur du Kreiz Breizh (Centre-Bretagne). Issu d'un milieu modeste imprégné de tradition et de langue bretonnes, il entre au petit séminaire de Quintin en 1941, où il étudie le latin, le grec et la théologie, et obtient deux baccalauréats. Il poursuit ensuite des études supérieures et décroche une licence de philosophie à l'université de Rennes en 1952. Avant de se consacrer à la scène, il voyage à travers l'Europe (Italie, Grèce, Turquie, Yougoslavie) jusqu'au milieu des années 1950.
C'est en 1959 qu'Émile Le Scanff adopte le nom de scène de Glenmor — formé à partir des mots bretons évoquant la terre (glen) et la mer (mor) — et fait ses premiers pas sur scène à Paris, accompagné de la harpiste Denise Mégevand. Sans renoncer à la poésie ni à l'écriture, il conçoit la chanson comme une arme politique. Devenu une grande figure de la chanson bretonne, il porte un répertoire de révolte bretonne. Des titres comme Kan bale an ARB (chant de marche de l'Armée révolutionnaire bretonne) ou Princes, entendez bien entraînent toute une génération dans son sillage, malgré la censure dont il fait l'objet.
Glenmor compte parmi les premiers chanteurs à dépasser les frontières de la Bretagne en chantant en breton, ouvrant ainsi la voie à de nombreux artistes tels qu'Alan Stivell ou Gilles Servat. Son œuvre discographique, enregistrée pour des labels comme Barclay, Le Chant du Monde et Arfolk, s'étend de la fin des années 1960 à la fin des années 1980. Parmi ses albums marquants figurent Cet amour-là (1969), Hommage à Morvan Lebesque (1971), Vivre (1972), Princes, entendez bien… (1973) et La Coupe et la Mémoire (1979). Sa chanson Ils se meurent nos oiseaux, évoquant la marée noire du Torrey Canyon, témoigne aussi de sa conscience écologique.
Profondément engagé dans le mouvement breton (l'Emsav), il cofonde au début des années 1970 la revue La Nation bretonne avec Xavier Grall et Alain Guel. En juin 1979, il participe à une grève de la faim pour protester contre le report du procès de militants bretons emprisonnés. Décoré de l'ordre de l'Hermine en 1990, il se retire de la scène la même année, après un concert au festival de la langue bretonne à Carhaix, pour se consacrer à l'écriture. Il meurt le 18 juin 1996 à Quimperlé, des suites d'un cancer, et est inhumé à Maël-Carhaix. Depuis 1998, la grande scène du festival des Vieilles Charrues, à Carhaix, porte son nom, et un espace culturel de Carhaix lui rend également hommage.