Yann-Fañch Loeiz Kemener, en français Jean-François Louis Quémener, naît le 7 avril 1957 à Saint-Brieuc et grandit à Sainte-Tréphine, dans les Côtes-d'Armor. Issu d'une famille modeste où le breton est langue maternelle, il baigne dès l'enfance dans la tradition orale : sa famille maternelle compte des chanteurs réputés, et il se produit pour la première fois en fest-noz très jeune. Cet enracinement précoce dans la langue et le chant bretons demeurera la matrice de toute son œuvre.
Sa formation se fait au contact direct des derniers grands porteurs de la tradition. Il apprend auprès de chanteurs comme Jean-Marie Youdec et Jean Poder, et est durablement marqué par les enregistrements de la chanteuse Marie-Josèphe Bertrand, collectés par Claudine Mazéas. Très tôt, Kemener mène lui-même un travail de collectage systématique, recueillant de la bouche des anciens des centaines de chansons en langue bretonne — gwerzioù (complaintes) et sonioù (chansons légères) — qu'il transmettra ensuite sur scène et dans ses publications.
En 1976, il remporte le premier prix du concours Kan ar Bobl. L'année suivante paraît son premier disque, Chants profonds de Bretagne. Entre 1977 et 1982, il publie une série d'enregistrements consacrés au répertoire traditionnel, dont l'ensemble est couronné en 1982 par le Grand Prix du patrimoine de l'Académie Charles-Cros. Durant ces années, il participe activement au renouveau du kan ha diskan, le chant à danser à deux voix alternées, notamment en duo avec Érik Marchand, dont la collaboration fait référence.
En 1988, Kemener fonde le groupe Barzaz, qui réunit plusieurs musiciens de la scène bretonne et explore des arrangements ambitieux du répertoire chanté. Dans les années 1990, il engage une démarche de rencontre entre musique populaire et musique savante avec le pianiste Didier Squiban : leurs albums, comme Enez Eusa, marquent les esprits par le dialogue entre la voix nue et le piano. À partir des années 2000, il poursuit cette exploration avec le violoncelliste Aldo Ripoche, prolongeant le geste de mêler le timbre du chant traditionnel à l'écriture instrumentale classique.
Parallèlement à sa carrière de chanteur et de collecteur, Kemener s'investit dans la transmission et la recherche. De 2012 à 2018, il enseigne dans le cadre des études celtiques à l'Université Rennes 2. Son répertoire embrasse aussi bien les complaintes profanes que les cantiques sacrés, et il aborde des pièces emblématiques de la tradition comme Silvestrig, gwerz célèbre qu'il interprète à plusieurs reprises au fil de sa carrière, seul ou en compagnie d'autres chanteurs.
Son travail est reconnu par plusieurs distinctions : il reçoit le collier de l'Ordre de l'Hermine en 2009, puis est fait chevalier des Arts et des Lettres en 2015. Atteint d'un cancer, il continue de créer jusqu'à la fin et fait paraître en février 2019 un double album, Roudennoù / Traces. Il s'éteint le 16 mars 2019 à Tréméven, à l'âge de 61 ans, laissant l'image d'un passeur exigeant qui aura su faire dialoguer la mémoire profonde de la Bretagne avec les esthétiques les plus contemporaines.