Albert-Guillaume Cozanet naît à Landivisiau, dans le Finistère, le 1er juillet 1870, et meurt à Paris le 9 mai 1938. Il est passé à la postérité sous le pseudonyme de Jean d'Udine, sous lequel il a signé l'essentiel de ses écrits sur la musique et les arts. Figure de la vie musicale parisienne de la Belle Époque et de l'entre-deux-guerres, il fut à la fois critique, théoricien de l'esthétique, pédagogue du rythme et compositeur.
Breton d'origine, il accomplit d'abord des études de droit et obtient sa licence à Rennes en 1890. Il exerce comme avocat à Saint-Nazaire de 1891 à 1897 environ, avant d'abandonner le barreau pour se consacrer à la musique et aux arts. Vers 1900, il s'installe à Paris, où il fréquente nombre d'artistes marquants de son temps, parmi lesquels le compositeur Gustave Charpentier, le pianiste Alfred Cortot et la danseuse Isadora Duncan.
Il déploie une importante activité de critique musical, collaborant à des périodiques tels que Le Ménestrel et Le Courrier musical. Mais c'est surtout comme théoricien de l'esthétique qu'il se distingue. Très tôt intéressé par les correspondances entre les arts, il publie dès 1897 De la corrélation des sons et des couleurs en art, puis en 1903 L'Orchestration des couleurs, ouvrage qui propose une analyse, une classification et une synthèse des sensations colorées et de leurs relations avec les sons. Cette recherche sur la synesthésie, sur l'analogie entre la musique et la couleur, constitue l'un des fils conducteurs de toute son œuvre théorique.
Parmi ses essais les plus connus figurent L'Art et le geste (1910) et Qu'est-ce que la danse ? (Laurens, 1921), qui prolongent sa réflexion sur le mouvement, le rythme et l'expression corporelle. Après avoir suivi en 1908-1909 les cours de gymnastique rythmique d'Émile Jaques-Dalcroze à Genève, il fonde à Paris en 1909 une école de gymnastique rythmique, dans laquelle travaille notamment le peintre et danseur Paul Thévenaz. La brouille entre les deux hommes, survenue en 1912, entraîne le départ de Thévenaz et la fermeture de l'institution. D'Udine poursuit néanmoins son travail de systématisation du rythme, qui culmine avec son Traité complet de géométrie rythmique (1926).
Compositeur, Jean d'Udine laisse plusieurs partitions, dont une Valse héroïque pour piano et un recueil de Huit Géorythmies. Son œuvre musicale la plus diffusée demeure Les chants de la jungle, suite vocale inspirée des poèmes du Livre de la jungle de Rudyard Kipling, dont le Nocturne fut publié chez Alphonse Leduc et régulièrement donné en concert à partir de 1917. Son catalogue littéraire comprend en outre deux romans et de nombreux écrits d'esthétique, signés tantôt de son nom, tantôt de son pseudonyme.
Esprit curieux et porté vers les courants spéculatifs de son époque, il s'intéressa un temps à la philosophie « cosmosophique » d'August Vandekerkhove, avant de s'en éloigner. Théoricien des correspondances entre les arts, pédagogue du rythme et compositeur, Jean d'Udine appartient à cette génération de la Belle Époque qui chercha à fonder une science des analogies sensibles entre la musique, la couleur et le geste.
Écrits et œuvres (d'après le Dictionnaire de Vefa de Bellaing) : critique et musicographe sous le pseudonyme de Jean d'Udine, auteur de Précis de Musique Intégrale, L'Art et le Geste, Qu'est-ce que la Musique ?, Qu'est-ce que la Danse ?, L'Orchestration des couleurs (1903), La Coordination des mouvements et la culture de la volonté (sur la gymnastique rythmique de Jaques-Dalcroze, 1910), Transmutations rythmiques (1922). Œuvres musicales : Apaisement (mélodie sur Verlaine), Valse héroïque pour piano, Sept poèmes arabes (1917), Rondels pour musique (1929).
Source : Vefa de Bellaing, Dictionnaire des compositeurs de musique en Bretagne, Ouest-Éditions, 1992 — notice du compositeur.