Toussaint Prévost, qui se fait connaître sous le pseudonyme de Théodore Ritter, naît à Nantes (Loire-Atlantique) le 5 avril 1840 et meurt à Paris le 6 avril 1886. Pianiste, compositeur et chanteur, il appartient à cette génération éclatante de virtuoses français du milieu du XIXe siècle qui ont tenu, entre Liszt et Saint-Saëns, le haut du pavé des grandes salles parisiennes et des tournées internationales.
Fils du compositeur et chef d'orchestre Eugène Prévost — créole d'origine —, formé à Nantes puis à Paris, il a pour maître de composition Hector Berlioz, qui le tient pour l'un de ses élèves les plus brillants. Il commence pourtant sa carrière non pas au clavier mais comme baryton à La Monnaie de Bruxelles, sous le nom de scène Félix. Cette parenthèse vocale, brève, le quitte vite pour une vocation pianistique exclusive.
Il reçoit l'enseignement de Franz Liszt, dont il devient l'un des protégés. C'est Liszt lui-même qui lui suggère le nom de scène Théodore Ritter, anagramme cryptique de son patronyme initial. Le jeune virtuose conquiert rapidement la scène parisienne : il est en 1860 l'un des membres fondateurs de la Société des derniers concerts de Beethoven, qui contribue à imposer en France les Sonates et le Concerto en ut mineur encore peu joués.
Sa carrière internationale culmine avec la grande tournée Canada–États-Unis qu'il accomplit en 1869-1870 aux côtés du violoniste belge Frantz Jehin-Prume et de la soprano Carlotta Patti, sœur d'Adelina, devant un public exceptionnel jusqu'à San Francisco. Il y impose le répertoire de Berlioz, Liszt et la jeune école française. À Paris, il enseigne dans son atelier privé Isidore Philipp et Samuel Simons Sanford, futurs grands pédagogues du clavier.
Composition, il laisse trois opéras (Marianne, La Dame de Saint-Tropez, Le Mariage par la fenêtre), des poèmes symphoniques (Caïn, Roland), des œuvres concertantes pour piano, et de nombreuses pages de salon qui restent au répertoire pédagogique français. Mort à Paris le lendemain de son 46e anniversaire, il repose au cimetière du Père-Lachaise. Sa redécouverte a été engagée au début du XXIe siècle par la fondation Bru Zane.