Jean-Yves Bosseur naît le 5 février 1947 à Paris. Compositeur et musicologue, il est l'un des théoriciens et créateurs les plus prolifiques de la musique française contemporaine, et l'une des voix qui ont le plus contribué à penser les relations entre la musique savante et les autres formes d'art — arts plastiques, théâtre, littérature, architecture, traditions vivantes.
Il reçoit sa formation de compositeur à la Rheinische Musikschule de Cologne, où il étudie avec Karlheinz Stockhausen et Henri Pousseur dans les années 1960 — au cœur de l'école sérielle et post-sérielle germano-belge qui a refondé l'écriture musicale d'après-guerre. Parallèlement à cette formation savante, il prépare en France un doctorat d'État de philosophie esthétique à l'Université Paris I (Panthéon-Sorbonne), achevé sous la direction de Mikel Dufrenne, qui le mène à une thèse pionnière sur les rapports entre les arts au XXe siècle.
Nommé directeur de recherche au CNRS, il y constitue une œuvre théorique de premier plan, publiée principalement aux éditions Minerve et Les Presses du Réel. Parmi ses ouvrages : Vocabulaire de la musique contemporaine (1992, plusieurs fois réédité), Musique et arts plastiques : interactions au XXe siècle (1998), John Cage (1993), L'Œuvre ouverte d'Umberto Eco à John Cage (2017), Musiques traditionnelles et création contemporaine (2017), et de nombreuses monographies sur Maurice Kagel, Cornelius Cardew, Christian Wolff, Mauricio Kagel.
Lauréat du prix de la Fondation Royaumont en France et du prix Gaudeamus aux Pays-Bas, il enseigne la composition au Conservatoire de Bordeaux et la musicologie au master 2 de l'Université Paris IV Sorbonne. Sa pratique compositionnelle, étroitement liée à ses recherches, explore les croisements interartistiques : installations sonores, pièces de scène, partitions graphiques, œuvres mêlant tradition populaire et électronique.
Son ancrage breton, par filiation familiale, se manifeste régulièrement dans son catalogue : œuvres pour bombarde et orchestre, dialogues avec les sonneurs de couples du Morbihan, pièces inspirées du paysage du golfe (Au seuil du Golfe, In Memoriam Yann-Fañch Kemener), collaborations avec Erik Marchand et le mouvement de la musique modale. Il représente, dans la création contemporaine française, le passage entre l'avant-garde sérielle européenne et la valorisation savante des musiques traditionnelles.
Œuvres (d'après le Dictionnaire des compositeurs de musique en Bretagne) — Un arraché de partout (1967, ensemble instrumental, Jobert) ; Completely sweet (divertissement pour orchestre avec bande magnétique, Édition Française de Musique) ; Un certain état d'esprit (1968) ; Interstices (orchestre à cordes, Jobert) ; Le Temps de le prendre (1967) ; Triptyques pour Don Juan (1972-1977, poèmes de Michel Butor) ; Anna Livia's awake (1975) ; Labyrinthes (1977) ; Instants de mémoire (1978, texte de Michel Butor) ; Quelques pages du Livre des Questions (1979-1980, texte d'Edmond Jabès) ; Pour mémoire (1980) ; Satie's dream (1980-1981) ; Verghia (1980) ; Portrait d'Albert Ayme (1981) ; Alliages de cuivre (1981) ; Traverses (1982) ; Sous le signe de Jérémie (1982) ; Vent d'Ouest (1983) ; Les Tarots musiciens (1983, texte de Michel Butor) ; Marna, cantate sur un texte d'Yvon Le Men (Rennes, 1988) ; Trans-Europe (Poitiers, 1988) ; musiques de film (Viva la muerte, La Peau de chagrin, L'Hôpital de Leningrad) ; musiques de scène (Arrabal, Ionesco, Beckett, Kleist, Shakespeare, Maeterlinck). Écrits : Révolutions musicales (Le Sycomore, 1979) ; collaborations à Musique de notre temps, à l'Histoire de la musique (Larousse) et à l'Encyclopaedia Universalis.