Pierre-Léo (Pierre Léon Benoît) Thielemans naît le 22 février 1825 à Woluwe-Saint-Pierre, en Belgique. Il se forme au Conservatoire royal de Bruxelles, où il entre en 1838 et étudie notamment auprès de François-Joseph Fétis. Il y remporte plusieurs distinctions : un prix de solfège (1842), d'harmonie (1844), de composition (1845) et d'orgue (1848). Avant son départ pour la France, il exerce comme organiste à Bruxelles, en particulier à l'église Sainte-Catherine.
En 1865, le facteur d'orgues belge Hippolyte Loret achève un nouvel instrument pour la basilique Notre-Dame de Bon-Secours de Guingamp. Thielemans, qui en devient titulaire le 7 février 1865, inaugure l'orgue et s'installe durablement dans la cité trégoroise, où il demeurera jusqu'à sa mort. En 1866-1867, il épouse une Guingampaise, Anne Marie Philomène Le Bourhis, et fonde une famille ; il réside rue du Pot-d'Argent. Pour vivre, il donne des leçons de piano et enseigne la musique, notamment à l'Institution Notre-Dame, tout en participant aux offices religieux de la basilique.
Installé en Bretagne, Thielemans s'imprègne profondément de la culture et de l'histoire bretonnes, au point de devenir une figure du mouvement régionaliste musical naissant. Il met en musique des poètes bretons tels qu'Auguste Brizeux et Jean-Pierre Le Scour, et puise son inspiration dans les traditions populaires. Son engagement lui vaut le surnom bardique de « Telen Arvor » (la harpe d'Arvor), gravé sur sa tombe au cimetière de la Trinité de Guingamp.
Parmi ses œuvres d'inspiration bretonne et celtique figurent la cantate Les Deux Bretagnes (1867), composée sur des motifs gallois et bretons et donnée à l'occasion du Congrès celtique international de Saint-Brieuc en 1867, ainsi que l'opéra (opéra-comique) Michel Columb, créé à Rennes la même année. On lui doit également des pièces comme L'hirondelle de Bretagne et Fleur de Bretagne, et son nom est associé à des danses populaires de la région telles que la Dérobée de Guingamp et le Passe-pied de Callac.
Maître de chapelle étroitement lié à l'Église catholique, Thielemans laisse aussi une importante production de musique sacrée : messes, cantiques, un oratorio (Au pied de l'autel), une messe de Noël, des cantates dédiées à sainte Anne et à saint Yves, ou encore des Versets de Magnificat pour orgue. Son catalogue compterait environ 120 numéros d'opus. Pédagogue, il publie également un Traité d'harmonie fondamentale et une méthode intitulée L'enseignement du piano rendu facile et agréable.
En reconnaissance de son œuvre religieuse, Thielemans est élevé au rang de chevalier de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand. Il meurt à Guingamp le 3 décembre 1898, après y avoir passé trente-trois années qui firent de ce musicien belge une figure pleinement intégrée à la vie artistique bretonne.
Œuvres (d'après le Dictionnaire de Vefa de Bellaing) : organiste et maître de chapelle de la basilique N.-D. de Bon-Secours de Guingamp, il a laissé une Messe de Requiem (1850), des Harmonies champêtres (6 mélodies), La Chanson de l'oiseau, Le Passe-pied de Callac (quadrille), La Harpe, Echos de la Bretagne, Fleurs de Bretagne (6 airs), une Cantate Bretonne en l'honneur de Laouenan Sant Ervoan, La Montée au Carmel (1891), une Cantate de Saint-Cast (1894) et La Bataille de Saint-Cast.
Source : Vefa de Bellaing, Dictionnaire des compositeurs de musique en Bretagne, Ouest-Éditions, 1992 — notice du compositeur.