René Abjean naît le 22 novembre 1937 à Brest (Finistère). Compositeur, chef de chœur et arrangeur, il appartient à la même famille bretonnante que son frère l'abbé Roger Abjean — auquel il survit — et représente, avec lui, l'une des deux voix majeures du renouveau du chant choral en langue bretonne dans la seconde moitié du XXe siècle.
Il fait ses débuts dans la musique bretonne en 1953 au sein de la chorale de Plouguerneau, à seize ans. Dès dix-sept ans, il crée son premier ensemble vocal — un chœur d'hommes — et participe aux expériences musicales du « revival » breton naissant. Il prend ainsi part en 1962 au quatuor Ar Baganiz, l'un des premiers ensembles à allier polyphonie et langue bretonne dans un esprit savant, puis rejoint en 1969 le groupe An Triskell, pour lequel il signe une grande partie des arrangements et orchestrations qui contribueront à imposer la harpe celtique dans la création contemporaine.
Cofondateur du Cercle Breton de Brest, il préside à partir de 1969 le Festival international de cornemuse de Brest, qui devient sous son impulsion l'un des grands rendez-vous européens de musique traditionnelle. En 1974, il publie une monographie sur la musique bretonne, devenue ouvrage de référence pour les enseignants et chefs de chœur, et collabore à de nombreuses publications de partitions.
Sa contribution proprement compositionnelle est dense et originale. Il signe la Missa Keltia (1975), construite sur des modes traditionnels bretons et adoptée par de nombreuses paroisses du diocèse de Quimper et Léon. Suivent les cantates Ar Marc'h Dall (1979), War Varc'h d'ar Mor (1987) et Kan evit ar Peoc'h (1989, « Chant pour la paix »), trois grandes formes chorales en langue bretonne qui font date dans le répertoire de musique sacrée en breton. Son œuvre profane inclut le recueil Bretagne, chantons la mer, des centaines d'arrangements de chants populaires et plusieurs cycles de mélodies.
Membre de l'Ordre de l'Hermine et figure tutélaire de Kanomp Breizh, association faîtière des chorales bretonnes, René Abjean reste à plus de quatre-vingts ans l'un des compositeurs vivants les plus joués par le mouvement choral breton, prolongeant — avec une dimension davantage tournée vers le concert et la création — l'héritage liturgique populaire que son frère Roger avait porté côté pastorale.