Étienne Destranges est le pseudonyme d'Étienne Louis Augustin Rouillé, né à Nantes le 29 mars 1863 et mort dans cette même ville le 31 mai 1915. Critique musical et musicographe, il adopte son nom de plume dès les années 1880 et s'impose comme l'un des animateurs les plus actifs de la vie musicale de l'Ouest de la France à la charnière des XIXe et XXe siècles.
Il débute comme critique musical au journal nantais Le Phare de la Loire. En 1888-1889, il est l'un des premiers Nantais à se rendre à Bayreuth pour y découvrir l'œuvre de Richard Wagner, dont il devient un ardent propagandiste : il œuvre auprès de la direction du théâtre Graslin de Nantes pour faire programmer les ouvrages wagnériens. Son wagnérisme nourrira durablement sa démarche d'analyste.
En 1890, Destranges fonde et dirige l'hebdomadaire L'Ouest-Artiste, qui paraît de 1891 à 1922 et constitue un instrument essentiel du développement de la vie musicale en province. Par le sérieux de ses écrits et son rôle d'organisateur, il occupe une place de premier plan parmi les critiques musicaux de son temps. En 1892, il se lie d'amitié avec le compositeur Alfred Bruneau, ce qui le rapproche également du romancier Émile Zola ; il entretient par ailleurs une correspondance avec de grandes figures du monde lyrique, parmi lesquelles Jules Massenet, Charles Gounod et Cosima Wagner.
L'œuvre écrite de Destranges se compose principalement d'études thématiques et analytiques d'ouvrages lyriques, conçues sur le modèle des guides thématiques élaborés par Hans von Wolzogen pour les drames de Wagner. Il consacre ainsi des études détaillées à Vincent d'Indy, dont Fervaal de Vincent d'Indy, étude thématique et analytique (Paris, A. Durand, 1896) et Le Chant de la cloche de Vincent d'Indy, étude analytique. Il publie également Le Rêve d'Alfred Bruneau, étude thématique et analytique de la partition (Fischbacher, 1896), une étude sur Le Vaisseau fantôme de Wagner (Fischbacher, 1897), L'Œuvre lyrique de César Franck (Fischbacher, 1896) et Une partition méconnue : Proserpine de Camille Saint-Saëns, étude analytique (Fischbacher, 1895), ainsi que des travaux consacrés à Berlioz, Chabrier, Verdi et Meyerbeer (L'Œuvre théâtral de Meyerbeer). Plusieurs de ses articles critiques sont réunis dans le recueil Consonances et dissonances, études musicales (préface de Louis de Romain, Fischbacher, 1906).
Le rapprochement opéré dans les fonds documentaires entre les titres Fervaal de Vincent d'Indy, étude thématique et analytique et des Études sur Wagner et Bruneau illustre la double orientation de son travail : l'analyse approfondie des partitions de l'école française moderne (d'Indy, Franck, Bruneau) et la défense du legs wagnérien. Figure reconnue de sa ville natale, Destranges a donné son nom à une rue de Nantes en 1961.