Félix Marie Massé, dit Victor Massé, naît le 7 mars 1822 à Lorient, en Bretagne, ville dont il restera un enfant célèbre — plusieurs rues de cités bretonnes, ainsi qu'une rue du 9e arrondissement de Paris, portent aujourd'hui son nom. Enfant prodige, il entre au Conservatoire de Paris le 15 octobre 1831, à l'âge de douze ans. Il y étudie le piano dans la classe de Pierre-Joseph Zimmermann et la composition auprès de Fromental Halévy, l'un des maîtres de l'opéra français de l'époque.
En 1844, Massé remporte le prestigieux premier grand prix de Rome avec la cantate Le Renégat de Tanger, donnée à l'Opéra en 1845. Le séjour à la Villa Médicis et un voyage en Italie nourrissent son inspiration mélodique. De retour à Paris, il se tourne vers la scène lyrique et trouve rapidement sa voie dans l'opéra-comique, genre dont il devient l'un des représentants les plus appréciés du Second Empire.
Son premier grand succès est Galathée, opéra-comique en deux actes créé à l'Opéra-Comique en 1852, sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré d'après le mythe de Pygmalion. L'ouvrage doit notamment sa popularité à des pages devenues célèbres comme l'« air de la paresse » (« Ah ! qu'il est doux de ne rien faire ») et le duo « Aimons, il faut aimer ». L'année suivante, en 1853, Les Noces de Jeannette, opéra-comique en un acte, remporte un triomphe durable : l'« Air du rossignol » (« Au bord du chemin ») et l'air « Cours, mon aiguille dans la laine » deviennent des morceaux de bravoure que chanteront les plus grandes voix, et l'ouvrage demeure pendant des décennies l'un des plus représentés de l'Opéra-Comique.
Massé enchaîne ensuite les créations lyriques : La Reine Topaze (dont le célèbre « Carnaval de Venise », air à variations resté au répertoire des sopranos colorature), Les Saisons, La Fiancée du diable, La Mule de Pedro ou encore La Chanteuse voilée. Sa carrière institutionnelle accompagne cette reconnaissance : il est nommé chef des chœurs de l'Opéra de Paris en 1860, puis professeur de composition au Conservatoire de Paris de 1866 à 1880, où il forme plusieurs élèves. En 1872, il est élu à l'Académie des beaux-arts, succédant à Daniel-François-Esprit Auber.
Son ultime grand ouvrage, Paul et Virginie, opéra en trois actes et six tableaux sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré d'après le roman de Bernardin de Saint-Pierre, est créé en 1876. On y trouve des pages restées au répertoire des récitals anciens, telles la « Chanson du tigre » (« Parmi les lianes au fond des savanes »), la « Chanson de Méala » et « L'oiseau s'envole ». Honoré de la Légion d'honneur (chevalier en 1856, officier en 1877), Victor Massé meurt à Paris le 5 juillet 1884 et est inhumé au cimetière de Montmartre. Son art, mélodieux et raffiné, illustre l'âge d'or de l'opéra-comique français.