Marie-Charlotte-Élisabeth Célanie Carissan naît le 13 février 1843 à Nantes, dans une famille d'origine créole. Son père, Eugène Carissan, est professeur à l'École supérieure des Lettres, Sciences et Arts de Nantes, un milieu cultivé qui favorise sa formation artistique et littéraire. Compositrice, pianiste et écrivaine, elle s'inscrit dans la génération des femmes musiciennes françaises qui, à la fin du XIXᵉ siècle, conquièrent une place dans la vie de concert aux côtés d'Augusta Holmès ou de Cécile Chaminade.
Carissan publie également une partie de son œuvre sous le pseudonyme « E. de Nassirac », anagramme inversée de son patronyme — une pratique fréquente chez les compositrices de l'époque pour faire accepter leurs partitions. Pour ses mélodies, elle met en musique des poètes aussi divers que Thibaut de Champagne, l'Irlandais Thomas Moore et Alphonse de Lamartine, témoignant d'une culture littéraire étendue et d'un goût pour les textes lyriques.
Le 10 janvier 1891, deux de ses œuvres, Écho et Chanson de l'abeille, sont exécutées salle Pleyel à Paris lors d'un concert de la Société nationale de musique, institution alors au cœur du renouveau de la musique française. La même année, sa partition La Fiancée de Gaël, composée sur un poème d'Adrien de Carné aux résonances bretonnes, est donnée à Nantes puis à Paris. Le critique Sullian Collin salua l'usage des thèmes bretons, estimant que Carissan en avait « fait excellent usage » — un lien avec la matière bretonne qui justifie sa place au sein du patrimoine musical de la Bretagne.
Son ambition se déploie pleinement dans Rebecca, vaste œuvre vocale en huit scènes pour solistes, chœurs et orchestre, dont elle écrit elle-même le livret d'après le Livre de la Genèse. L'ouvrage est créé salle Érard à Paris en 1893 et accueilli avec faveur ; il existe aussi dans une réduction pour voix et piano. Au-delà de ces grandes pages, son catalogue comprend des mélodies et des pièces pour piano, parmi lesquelles figurent des titres conservés à la Bibliothèque nationale de France et sur IMSLP, comme Le livre de la vie, Dernier rayon, Ô divin rossignol !, Les petites-sœurs ou Riquet à la houppe.
En 1893, Célanie Carissan est invitée à présenter ses œuvres au Palais des Femmes (Woman's Building) lors de l'Exposition universelle (World's Columbian Exposition) de Chicago, aux côtés d'Augusta Holmès, Cécile Chaminade et Gabrielle Ferrari — reconnaissance internationale notable pour une compositrice de son temps. Elle collabora par ailleurs avec le poète Adrien de Carné et fréquenta le cercle de Théophile Gautier. Elle s'éteint le 30 novembre 1927 à Neuilly-sur-Seine, à l'âge de 84 ans.