Henri Charles Antoine Gaston Serpette naît le 4 novembre 1846 à Nantes, dans une riche famille d'industriels. Destiné d'abord à une carrière juridique, il fait des études de droit et exerce un temps comme avocat avant de se tourner résolument vers la musique.
En 1868, il entre au Conservatoire de Paris, où il étudie la composition dans la classe d'Ambroise Thomas et l'harmonie avec Jules Duprato. Sa formation est couronnée en 1871 par le premier grand prix de Rome, qu'il obtient avec la cantate Jeanne d'Arc. Cette distinction, qui ouvrait habituellement la voie à une carrière de compositeur « sérieux », laissait présager un avenir de symphoniste ou d'auteur d'opéras. Profitant de son séjour à la villa Médicis, Serpette se prend pourtant de passion pour le genre « léger » et compose une opérette, choix que les milieux académiques jugèrent comme une trahison de son talent.
Son premier grand succès survient dès 1874 avec La Branche cassée, opéra-bouffe en trois actes créé aux Bouffes-Parisiens. Dès lors, et jusque vers 1900, Serpette se consacre presque entièrement à l'opérette et à l'opéra-bouffe, écrivant plus d'une vingtaine d'ouvrages complets ainsi que de nombreuses pièces plus courtes. Parmi ses partitions les plus représentatives figurent Le Manoir de Pic-Tordu (1875), La Petite Muette (1877), Madame le Diable, donnée au théâtre de la Renaissance au début des années 1880, et Cendrillonnette, créée aux Bouffes-Parisiens en 1890 et qui connut plus d'une centaine de représentations.
La décennie 1890 marque l'apogée de sa carrière. Il fait représenter La Demoiselle du téléphone (créée en 1891), La Dot de Brigitte, opéra-comique en trois actes sur un livret de Clairville et William Busnach, ainsi que Le Carnet du Diable (1895), Le Carillon (1896) et Shakespeare ! (1899). Pour ses livrets, Serpette s'entoure des plumes les plus en vue du théâtre parisien, collaborant notamment avec Henri Meilhac, Georges Feydeau, Paul Ferrier, Ernest Blum, Maurice Ordonneau et le compositeur-arrangeur Victor Roger.
Outre la composition, Serpette mena une activité de chef d'orchestre et de critique musical, signant des chroniques dans plusieurs journaux et revues parisiens. Il fut fait chevalier de la Légion d'honneur en 1898. Homme aux intérêts variés, il séjourna en Algérie, où il exploita des domaines viticoles ; un accident lui y brisa la jambe et lui laissa une claudication permanente.
Gaston Serpette s'éteint à Paris le 3 novembre 1904, à la veille de son cinquante-huitième anniversaire, emporté de façon soudaine par une embolie cardiaque. Selon les récits de l'époque, son voisin et librettiste Paul Ferrier fut alerté par les pleurs de la domestique, qui venait de découvrir le compositeur étendu sans vie sur une chaise longue. Il fut inhumé le 7 novembre 1904 au cimetière de Sainte-Marie-sur-Mer, en Loire-Atlantique. Longtemps tombée dans l'oubli, son œuvre a fait l'objet d'un regain d'intérêt grâce aux travaux de redécouverte du répertoire français menés notamment par le Palazzetto Bru Zane.
Œuvres (d'après le Dictionnaire de Vefa de Bellaing) : une trentaine d'opérettes et opéras-comiques, toutes éditées et représentées à Paris — La Branche cassée (1874), Le Manoir du Pic-Tordu (1875), La Petite muette (1877), Madame Le Diable (1882), Le Château de Tire-Larigot (1884), Le Petit Chaperon Rouge (1885), Adam et Ève (1886), La Lycéenne (1887), La Demoiselle du Téléphone, Cendrillonnette (1890), Cousin-Cousine (1893), Le Carnet du diable (1895) ; la mélodie dramatique Le Jardin des Oliviers (1892, seul exemple de son inspiration religieuse).
Source : Vefa de Bellaing, Dictionnaire des compositeurs de musique en Bretagne, Ouest-Éditions, 1992 — notice du compositeur.