Rita Strohl, née Aimée Marie Marguerite Mercédès Larousse La Villette le 8 juillet 1865 à Lorient (Morbihan), est une compositrice et pianiste française. Fille de l'officier et violoniste amateur Jules Larousse-La Villette et de la peintre Élodie Jacquier, elle grandit dans un milieu artistique qui favorise très tôt sa vocation musicale. Initiée au piano par sa mère, elle entre dès l'âge de treize ans au Conservatoire de Paris, où elle étudie le piano et le solfège, et reçoit en privé un enseignement de composition, notamment auprès d'Adrien Barthe.
Précoce, elle se distingue très jeune comme pianiste et compositrice : elle joue une Ballade en sol mineur en 1880 et des Impromptus en 1883 lors de ses examens. Son Premier Trio en sol mineur (1884) est créé à la Société nationale de musique en 1886. Suivent une série d'œuvres de chambre ambitieuses, parmi lesquelles un Deuxième Trio en ré mineur (1888), un Quatuor à cordes, un Quatuor avec piano, la Grande fantaisie-quintette (1886) et un Septuor pour cordes et piano en ut mineur (1890). Son talent lui vaut le soutien de figures majeures de la vie musicale française : Camille Saint-Saëns, Vincent d'Indy et Gabriel Fauré comptent parmi ses appuis, tandis que des interprètes célèbres comme la cantatrice Jane Bathori et le violoncelliste Pablo Casals défendent sa musique.
En 1888, elle épouse le sous-lieutenant Émile Strohl, dont elle aura quatre enfants et dont elle conserve le nom comme nom d'artiste. Parmi ses œuvres les plus marquantes de cette période figure la Sonate dramatique « Titus et Bérénice » pour violoncelle et piano (1892), dédiée au violoncelliste Charles Furet : œuvre singulière qui greffe sur le genre de la sonate un véritable procédé narratif, illustrant l'histoire de Titus et Bérénice à partir de citations de la tragédie de Racine.
Comme mélodiste, Rita Strohl laisse une cinquantaine de mélodies composées entre 1887 et 1901, dont un recueil intitulé Bilitis (Douze Chants de Bilitis, vers 1900) et des cycles sur des poèmes de Baudelaire. Au tournant du XXe siècle, son écriture évolue vers une esthétique plus symboliste, qui culmine dans de vastes fresques orchestrales comme la Symphonie de la forêt (1901) et la Symphonie de la mer (1902).
Après la mort d'Émile Strohl en 1900, elle épouse en secondes noces le maître verrier et artiste Richard Burgsthal, dit René Billa. Sous son impulsion, le couple fait édifier en 1912 le théâtre de « La Grange » à Bièvres, conçu comme un « Bayreuth à la française » destiné à accueillir les monumentales fresques lyriques dont elle écrit aussi les livrets, avec le concours de mécènes parmi lesquels le peintre Odilon Redon. Le lieu ferme dès le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Entre 1904 et 1923, Rita Strohl conçoit d'ambitieux cycles dramatiques d'inspiration spirituelle — cycle chrétien, cycle celtique, cycle hindou — restés en partie inachevés ; des extraits sont créés en 1931 aux Concerts Lamoureux.
Divorcée en 1930, Rita Strohl se retire dans le Midi de la France et meurt le 27 mars 1941 à La Gaude. La très grande majorité de son œuvre est demeurée inédite. Compositrice bretonne longtemps oubliée, elle fait l'objet depuis les années 2010 d'une redécouverte active, portée par des labels, des ensembles et des interprètes qui exhument et enregistrent sa musique de chambre et ses pages vocales.