Portrait de Jules Boucherit
Romantique

Jules Boucherit

1877 – 1962 · Morlaix

Jules Boucherit (Morlaix, 1877 – Paris, 1962) est un violoniste et pédagogue breton, l'un des plus grands maîtres du violon français du XXe siècle. Soliste de l'orchestre Colonne puis professeur au Conservatoire de Paris à partir de 1920, il forma une lignée exceptionnelle de virtuoses, parmi lesquels Ginette Neveu, Christian Ferras, Ivry Gitlis et Devy Erlih. Reconnu « Juste parmi les Nations » à titre posthume en 1993, il avait protégé plusieurs élèves juifs durant l'Occupation.

Jules Eugène Boucherit naît le 29 mars 1877 à Morlaix, dans le Finistère, et meurt le 1er avril 1962 à Paris. Violoniste et pédagogue, il appartient à cette génération de musiciens bretons qui marquèrent durablement l'école française de violon, moins par une œuvre de compositeur que par un rayonnement d'interprète et de maître.

Initié à la musique par sa mère, qui enseignait le piano, il entre au Conservatoire de Paris où il étudie le violon dans la classe de Jules Garcin. Il y obtient un premier prix dès l'adolescence, deux ans après son admission. Très jeune, en 1894, il devient violon solo de l'Orchestre Colonne, fonction prestigieuse qui le place au cœur de la vie symphonique parisienne.

Boucherit mène ensuite une carrière internationale de soliste et de chambriste. Il se produit aux côtés de pianistes de premier plan, parmi lesquels Louis Diémer et Alfred Cortot, et noue un partenariat artistique durable avec la pianiste brésilienne Magda Tagliaferro, avec laquelle il donne de nombreux concerts entre les années 1910 et 1920. Il joue également avec sa sœur, la pianiste et compositrice Magdeleine Boucherit Le Faure. Témoin de la pratique musicale de son temps, il laisse plusieurs enregistrements sur disques 78 tours, où on l'entend notamment dans des pages de Mozart, Chopin, Fauré, Diémer ou Hubay.

En 1920, Jules Boucherit est nommé professeur de violon au Conservatoire de Paris. Il abandonne alors progressivement sa carrière de soliste pour se consacrer pleinement à l'enseignement, qu'il exerce aussi à l'École normale de musique et au Conservatoire américain de Fontainebleau. C'est dans cette activité pédagogique que réside l'essentiel de son influence : sa classe devient l'une des plus réputées d'Europe et forme une lignée remarquable de violonistes. Parmi ses élèves figurent Ginette Neveu, Christian Ferras, Ivry Gitlis, Devy Erlih, Michèle Auclair, Serge Blanc, Henri Temianka, Manuel Rosenthal et Denise Soriano, qui devint son épouse. Plusieurs d'entre eux comptèrent ensuite parmi les plus grands solistes du siècle.

Durant la Seconde Guerre mondiale, bouleversé par la persécution des Juifs, Boucherit décide de protéger plusieurs de ses jeunes élèves menacés. Sous prétexte d'une santé défaillante, il transfère ses cours dans la villa « La Chansonnière », à Bourron-Marlotte près de Fontainebleau, que lui avait laissée Magda Tagliaferro, contrainte de fuir en Amérique du Sud. Il y cache et continue de former des élèves juifs, dont Serge Blanc, au péril de sa propre situation. En reconnaissance de ce courage, il est honoré à titre posthume du titre de « Juste parmi les Nations » lors d'une cérémonie organisée par Yad Vashem en 1993.

Pédagogue jusqu'au bout, Jules Boucherit a livré le fruit de son expérience dans un recueil de souvenirs, Les Secrets du violon. Figure tutélaire de l'école française de violon, il demeure surtout dans l'histoire de la musique comme le maître d'une génération entière de virtuoses, autant que comme un homme juste.

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