Joseph Guy-Marie Ropartz naît le 15 juin 1864 à Guingamp, dans les Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor), au cœur d'une Bretagne dont il restera le chantre toute sa vie. Issu d'un milieu cultivé, il entreprend d'abord des études de droit à Rennes avant de se tourner définitivement vers la musique. En 1885, il entre au Conservatoire de Paris, où il étudie la composition auprès de Théodore Dubois puis de Jules Massenet. La rencontre décisive est toutefois celle de César Franck, dont il suit l'enseignement de l'orgue à partir de 1886 et dont il devient l'un des disciples fervents, héritant de son écriture cyclique et de son sens de l'architecture.
Parallèlement à sa formation musicale, Ropartz se révèle homme de lettres : il publie plusieurs recueils de poésie, parmi lesquels Adagiettos (1888), Modes mineurs (1890) et Les Nuances (1892), et participe à une anthologie de la poésie bretonne. Cette double vocation nourrit une œuvre musicale souvent liée au verbe et aux écrivains de sa région, comme Anatole Le Braz et Charles Le Goffic.
En 1894, Ropartz est nommé directeur du Conservatoire de Nancy, alors succursale du Conservatoire de Paris. Il y demeure jusqu'en 1919 et y déploie une activité considérable : il fonde de nouvelles classes (alto en 1894, trompette en 1895, harpe et orgue en 1897, trombone en 1900) et hisse l'orchestre de la ville à un niveau remarquable, y créant des œuvres de ses contemporains. En 1919, au lendemain du retour de l'Alsace à la France, il prend la direction du Conservatoire de Strasbourg, qu'il installe dans l'ancien palais du parlement d'Alsace-Lorraine, et dirige l'orchestre philharmonique de la ville jusqu'à sa retraite en 1929. Il se retire alors en Bretagne, au manoir de Lanloup.
L'œuvre de Ropartz, riche d'une centaine de numéros d'opus, embrasse presque tous les genres. Au premier plan figurent ses cinq symphonies : la Symphonie n°1 « Sur un choral breton » (1894-1895), la Symphonie n°2 en fa mineur (1900), la monumentale Symphonie n°3 en mi majeur pour solistes, chœur et orchestre (1905-1906), la Symphonie n°4 en ut majeur et la Symphonie n°5 en sol majeur (1945). Son unique opéra, Le Pays (1912), drame sur un livret de Charles Le Goffic situé en Islande, demeure son ouvrage lyrique le plus célèbre. La musique de chambre occupe une place essentielle, avec six quatuors à cordes, deux sonates pour violoncelle, trois sonates pour violon, un trio à cordes et le Prélude, Marine et Chansons pour harpe, flûte et trio à cordes.
Profondément catholique, Ropartz a laissé une vaste production religieuse, parmi laquelle un Requiem (1937-1938), des motets, une Messe brève en l'honneur de sainte Anne, ainsi que des cycles pour orgue ou harmonium comme Au pied de l'autel. Son inspiration bretonne traverse toute son œuvre : chorals, légendes maritimes, paysages de lande et de mer, comme dans Pêcheur d'Islande ou la Rhapsodie sur deux noëls populaires de la Haute-Bretagne. Ses mélodies, notamment les Quatre Poèmes d'après l'Intermezzo de Heinrich Heine, témoignent de son raffinement prosodique.
Couronné par le prix Chartier (1909), Ropartz est élu à l'Académie des beaux-arts en 1949, succédant à Georges Hüe. Devenu aveugle en 1953, il continue néanmoins de composer jusqu'à ses dernières années. Il s'éteint le 22 novembre 1955 à Lanloup, à l'âge de 91 ans, laissant l'image d'un musicien indépendant des modes, fidèle à l'héritage de Franck et à l'âme de la Bretagne.